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Jeudi 28 février 2008

...en petits textes "épars et privés d'architecture", constituant un mélange sans unité ni genre s'attachant à peindre les points d'intensité, ou d'attraction qui ont inspiré des phrases, pourtant sur le moment méprisées et non posées sur aucun papier. Le seul ordre qu'on y trouvera parfois est une chronologie, non exhaustive cependant. 

Cuando llegaba

Douceur. De la langue, du climat. Arrivée en plein été, tout juste atterrie de mon hiver glacial. Ce qui me frappe : l'odeur, le bruit. Je ne suis pas en Inde dont la première expérience sensible frappe l'européen au point de parfois le laisser hébété. Je suis en Argentine. Mais je viens d'un pays où lorsqu'on sort, on ne sent rien : que le froid. Ce n'est plus une expérience sensible, seulement un monopole de perception, un tyran sur la peau, les yeux, les lèvres qui ne laisse de place qu'à l'abscence qu'on ne perçoit pas...Jusqu'à arriver en Argentine. Odeurs, sons, autant de stimuli qui rappelle d'où je viens. Première impression d'être dans un nouveau Beyrouth : c'est le même soleil qu'on attend pas en arrivant au Liban en mars, c'est la même foule bronzée qui attend les voyageurs au sortir des douanes, ... 
Je suis partie, je suis partie loin, et je suis tout juste arrivée, déjà dépaysée. 


El cementerio de la Recoleta

Il y a à l'entrée ces carreaux de céramique qui s'entrechoquent de n'être plus fixés...Un bruit qui résonne sur le marbre environnant et dans mes oreilles durant toute la promenade. On regrette que les conversations des touristes cherchant la tombe d'Eva Peron remplissent les allées principales, alors on en sort.
Et là ces notes à chocs de céramique reviennent. C'est un endroit où l'on voudrait que le temps se fut arrêté, aussi immuable que ces hauts mausolées de pierre qui tracent des rues étroites dans ce qui pourrait être un petit village. 
La perspective crée des effets d'optique : ici une grande statue noire vous invite dans le chemin, on y croise un chat de la couleur qui porte malheur. Là bas, la quête d'ombre fait longer les monuments un peu plus haut : devant la porte imposante d'un tombeau dort le gardien des lieux, chat trop maigre qui se prélasse sur la pierre encore chaude du passage de l'astre brulant à midi. Et toujours cette musique de la céramique. 
Le temps...ne s'écoule plus...les regards des statues ne se détournent jamais et l'on resterait une éternité à y chercher un reflet de la vie qui fut un jour sur ce visage. Dans la chaleur brûlante de la fin de l'été, les fleurs sont toutes séchées comme si elles avaient été là depuis des mois. Lorsqu'on arrête de compter le temps de marche en zigzag, alors on oublie les touristes et ne les entend plus. Juste ces notes claires qui résonnent aux oreilles dans des allées qui se referment au loin. Un va et vient de chats aussi hasardeux que mon itinéraire. 
Et à un tournant...je retrouve le temps : des herbes folles qui poussent entre des pierres qui s'effritent. On distingue la beauté et la couleur passées mais l'évolution est notable : de pierre vers poussière, d'entretenu vers oublié, de lisse vers hérissé d'herbe folle...Le temps passe même dans les cimetières de marbre, le soleil a tourné. Il est temps de partir, accompagnée de la même note des carreaux de l'entrée qu'on a refait sonner en sortant. 


Tigre

Un train qui se remplit pour l'échappée du weekend de toute la Capital Federal. Le départ fut tardif, car ainsi fut le réveil, le rythme argentin étant noctivore. Au hasard des rencontres et de l'errance, nous nous sommes trouvés dans des lieux vides, terrasse au bord de l'eau qui clapote, puis petits chemins de terre entre les maisons dont nous parviennent la musique et les conversations. Du calme, retrouvailles entre soeurs, samedi journée paresseuse qui s'étire jusqu'à la fuite tardive du soleil vers l'ouest. 


Tout un monde

L'ambassade, l'ambassadeur, sa résidence : l'expérience du dimanche. Ca a commencé dès le premier jour : je suis arrivée avec mon sac à dos à la porte de l'ambassade de France pour récupérer la clé de l'appartement de fonction de Nathalie. Je me sentais un peu déplacée.

Tous les jours j'ai sonné à la grande grille pour la récupérer à la sortie de son bureau. J'ai pu pénétrer dans un monde plutot fermé.J'ai capté des bribes de messages en circulation interne. Sensation étrange d'êtrelà sans statut, plus profonde encore le jour où l'ambassadeur a reçu les stagiaires dans sa résidence pour un déjeuner au bord de la piscine.J'aurais pu faire mon année dans une ambassade...mais non...c'est pas pour moi. Ce fut un dimanche luxueux dans une des petites villes bordant la capitale, au frais, avec déjeuner informel servi sur de grandes tables rondes couvertes de nappes blanches.

Tango 

Quelques leçons, quelques aperçus...pour confirmer la beauté de cette danse aux origines. J'ai amené ma curiosité et ma minuscule expérience en Argentine. 
Il y a ces danseurs de tango que l'on croise au gré des déambulations dans la rue. Toute une mise en scène, un théatre, un art. PArfois ils en font un peu trop, le tango perd alors de sa dimension passionnelle au profit de l'aspect plastique. 
Puis il y a les milongas. Lieux où se danse le tango de jour ou de nuit. Celle que nous avions élu est plutot originale : plutot squat artistique que milonga pure. Mais le tango y est magnifiquement dansé, à passer des heures entière à les regarder.
Nous avons dansé aussi...armée de mes qq leçons je pouvais m'en sortir, et bien menée j'ai complété mon expérience de cette danse de son esprit essentiel.D'abord un grand défi pour le manque de confiance en  soi, parce qu'on ne peut refuser de soutenir le regard surtout lorsque l'ordre est grondé en espagnol et accompagné d'une poigne de fer. Bien mené, on n'a d'autre choix que de faire ce qui est dicté avec tant d'autorité,  mais sans mot. Ca en devient surnaturel. Et la colère qui se manifeste lorsque la femme ne résiste pas a l'assaut donné par la tension des corps si proches. Mais une fois l'équilibre trouvé, l'harmonie semble parfaite, et les couples volent, les jambes créent leur propre langage, la danse devenant une allégorie de la séduction.


Les Argentins 

Non pas que j'ai eu le temps de vérifier s'ils joignent la beauté du geste à celle du trait. Simplement j'ai un faible pour ces hommes dont la barbe naissante, jamais achevée, frôle la joue de l'amante sans la blesser. Ils ont ce défaut, noble qualité, de porter avec élégance et fierté, un mileu de visage au grand caractère. Et ces nez uniques sont à chaque fois surmontés d'yeux profonds bleus, noirs, verts envoutants s'il en est.


Le Paris du Sud

Les terrasses bien qu'ensoleillées sont terriblement bruyantes, et les tables vibrent du ronronnement incessant des milliers de voitures. Ca a des accents de Beyrouth dans Paris. 
J'ai découvert cette ville seule en y déambulant, de quartier en quartier. Rien de la frénésie touristique, juste des lieux au hasard, ce tournant, cette impasse, ce pont sur l'autoroute, cette petite cour intérieure. Imprégnée de la ville comme si j'en faisais partie, tous les jours une direction différente, des détours et erreurs de parcours. De l'avenue bordée de tours, directement vers les petites maisons colorées de la Boca ; du centre aux enseignes européennes, aux grandes places vertes ombrées d'arbres aux airs de baobabs. Je changeais de monde au gré des pas. Parfois mes yeux était à Paris, et mes oreilles au Liban. Parfois les parfums d'italie venaient masquer la pollution des vieux bus. 
Partout des voix, de la vie, des visages,...Un caractère...


L'aéroport dans le sens du départ (paragraphe destiné à la Pomme)

Il y aurait encore beaucoup à raconter. J'achève ici le récit des détails qui m'ont marqué. J'ajouterai tantôt quelques photos, mais ne peux partager les images que j'ai gardé en tête, qui disent bien plus que les mots.
Ce dernier paragraphe pour expliquer un inexplicable sourire qui m'a pris à l'aéroport international ainsi qu'une frénésie photographique : Camille l'aéroport de Buenos Aires t'es dédicacé en entier, son symbol : une pomme croquée rouge sur fond noir.

Par Chris
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Commentaires

Good to hear from you...:) Mille bisous ma Chris, je pense a toi et tu me manques.
Commentaire n°1 posté par Celia le 02/03/2008 à 16h54
ça donne vraiment envie d'y aller.J'imprime pour GG. Bisous. Mach
Commentaire n°2 posté par mach le 07/03/2008 à 19h26
Je vois que tu n'as pas perdu ton temps, un bon aperçu de Buenos Aires et de son ambiance, par contre à cause de toi je vais me lancer dans une collection de nez, c'est vrai qu'il y a de quoi faire:). Besos!
Commentaire n°3 posté par Chouchoup le 29/03/2008 à 17h00
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