Jeudi 28 février 2008
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15:41
...en petits textes "épars et privés d'architecture", constituant un mélange sans unité ni genre s'attachant à peindre les points d'intensité, ou d'attraction qui ont inspiré des phrases,
pourtant sur le moment méprisées et non posées sur aucun papier. Le seul ordre qu'on y trouvera parfois est une chronologie, non exhaustive cependant.
Cuando llegaba
Douceur. De la langue, du climat. Arrivée en plein été, tout juste atterrie de mon hiver glacial. Ce qui me frappe : l'odeur, le bruit. Je ne suis pas en Inde dont la première expérience sensible
frappe l'européen au point de parfois le laisser hébété. Je suis en Argentine. Mais je viens d'un pays où lorsqu'on sort, on ne sent rien : que le froid. Ce n'est plus une expérience sensible,
seulement un monopole de perception, un tyran sur la peau, les yeux, les lèvres qui ne laisse de place qu'à l'abscence qu'on ne perçoit pas...Jusqu'à arriver en Argentine. Odeurs, sons, autant de
stimuli qui rappelle d'où je viens. Première impression d'être dans un nouveau Beyrouth : c'est le même soleil qu'on attend pas en arrivant au Liban en mars, c'est la même foule bronzée qui
attend les voyageurs au sortir des douanes, ...
Je suis partie, je suis partie loin, et je suis tout juste arrivée, déjà dépaysée.
El cementerio de la Recoleta
Il y a à l'entrée ces carreaux de céramique qui s'entrechoquent de n'être plus fixés...Un bruit qui résonne sur le marbre environnant et dans mes oreilles durant toute la
promenade. On regrette que les conversations des touristes cherchant la tombe d'Eva Peron remplissent les allées principales, alors on en sort.
Et là ces notes à chocs de céramique reviennent. C'est un endroit où l'on voudrait que le temps se fut arrêté, aussi immuable que ces hauts mausolées de pierre qui tracent des rues étroites dans
ce qui pourrait être un petit village.
La perspective crée des effets d'optique : ici une grande statue noire vous invite dans le chemin, on y croise un chat de la couleur qui porte malheur. Là bas, la quête d'ombre fait longer les
monuments un peu plus haut : devant la porte imposante d'un tombeau dort le gardien des lieux, chat trop maigre qui se prélasse sur la pierre encore chaude du passage de l'astre brulant à midi.
Et toujours cette musique de la céramique.
Le temps...ne s'écoule plus...les regards des statues ne se détournent jamais et l'on resterait une éternité à y chercher un reflet de la vie qui fut un jour sur ce visage. Dans la chaleur
brûlante de la fin de l'été, les fleurs sont toutes séchées comme si elles avaient été là depuis des mois. Lorsqu'on arrête de compter le temps de marche en zigzag, alors on oublie les touristes
et ne les entend plus. Juste ces notes claires qui résonnent aux oreilles dans des allées qui se referment au loin. Un va et vient de chats aussi hasardeux que mon itinéraire.
Et à un tournant...je retrouve le temps : des herbes folles qui poussent entre des pierres qui s'effritent. On distingue la beauté et la couleur passées mais l'évolution est notable : de
pierre vers poussière, d'entretenu vers oublié, de lisse vers hérissé d'herbe folle...Le temps passe même dans les cimetières de marbre, le soleil a tourné. Il est temps de partir, accompagnée de
la même note des carreaux de l'entrée qu'on a refait sonner en sortant.
Tigre
Un train qui se remplit pour l'échappée du weekend de toute la Capital Federal. Le départ fut tardif, car ainsi fut le réveil, le rythme argentin étant noctivore. Au hasard des rencontres et de
l'errance, nous nous sommes trouvés dans des lieux vides, terrasse au bord de l'eau qui clapote, puis petits chemins de terre entre les maisons dont nous parviennent la musique et les
conversations. Du calme, retrouvailles entre soeurs, samedi journée paresseuse qui s'étire jusqu'à la fuite tardive du soleil vers l'ouest.
Tout un monde
L'ambassade, l'ambassadeur, sa résidence : l'expérience du dimanche. Ca a commencé dès le premier jour : je suis arrivée avec mon sac à dos à la porte de l'ambassade de France pour récupérer la
clé de l'appartement de fonction de Nathalie. Je me sentais un peu déplacée.
Tous les jours j'ai sonné à la grande grille pour la récupérer à la sortie de son bureau. J'ai pu pénétrer dans un monde plutot fermé.J'ai capté des bribes de messages en circulation interne.
Sensation étrange d'êtrelà sans statut, plus profonde encore le jour où l'ambassadeur a reçu les stagiaires dans sa résidence pour un déjeuner au bord de la piscine.J'aurais pu faire mon année
dans une ambassade...mais non...c'est pas pour moi. Ce fut un dimanche luxueux dans une des petites villes bordant la capitale, au frais, avec déjeuner informel servi sur de grandes tables rondes
couvertes de nappes blanches.
Tango
Quelques leçons, quelques aperçus...pour confirmer la beauté de cette danse aux origines. J'ai amené ma curiosité et ma minuscule expérience en Argentine.
Il y a ces danseurs de tango que l'on croise au gré des déambulations dans la rue. Toute une mise en scène, un théatre, un art. PArfois ils en font un peu trop, le tango perd alors de sa
dimension passionnelle au profit de l'aspect plastique.
Puis il y a les milongas. Lieux où se danse le tango de jour ou de nuit. Celle que nous avions élu est plutot originale : plutot squat artistique que milonga pure. Mais le tango y est
magnifiquement dansé, à passer des heures entière à les regarder.
Nous avons dansé aussi...armée de mes qq leçons je pouvais m'en sortir, et bien menée j'ai complété mon expérience de cette danse de son esprit essentiel.D'abord un grand défi pour le manque de
confiance en soi, parce qu'on ne peut refuser de soutenir le regard surtout lorsque l'ordre est grondé en espagnol et accompagné d'une poigne de fer. Bien mené, on n'a d'autre choix
que de faire ce qui est dicté avec tant d'autorité, mais sans mot. Ca en devient surnaturel. Et la colère qui se manifeste lorsque la femme ne résiste pas a l'assaut donné par la
tension des corps si proches. Mais une fois l'équilibre trouvé, l'harmonie semble parfaite, et les couples volent, les jambes créent leur propre langage, la danse devenant une allégorie de la
séduction.
Les Argentins
Non pas que j'ai eu le temps de vérifier s'ils joignent la beauté du geste à celle du trait. Simplement j'ai un faible pour ces hommes dont la barbe naissante, jamais achevée, frôle la joue
de l'amante sans la blesser. Ils ont ce défaut, noble qualité, de porter avec élégance et fierté, un mileu de visage au grand caractère. Et ces nez uniques sont à chaque fois
surmontés d'yeux profonds bleus, noirs, verts envoutants s'il en est.
Le Paris du Sud
Les terrasses bien qu'ensoleillées sont terriblement bruyantes, et les tables vibrent du ronronnement incessant des milliers de voitures. Ca a des accents de Beyrouth dans Paris.
J'ai découvert cette ville seule en y déambulant, de quartier en quartier. Rien de la frénésie touristique, juste des lieux au hasard, ce tournant, cette impasse, ce pont sur l'autoroute, cette
petite cour intérieure. Imprégnée de la ville comme si j'en faisais partie, tous les jours une direction différente, des détours et erreurs de parcours. De l'avenue bordée de tours, directement
vers les petites maisons colorées de la Boca ; du centre aux enseignes européennes, aux grandes places vertes ombrées d'arbres aux airs de baobabs. Je changeais de monde au gré des pas. Parfois
mes yeux était à Paris, et mes oreilles au Liban. Parfois les parfums d'italie venaient masquer la pollution des vieux bus.
Partout des voix, de la vie, des visages,...Un caractère...
L'aéroport dans le sens du départ (paragraphe destiné à la Pomme)
Il y aurait encore beaucoup à raconter. J'achève ici le récit des détails qui m'ont marqué. J'ajouterai tantôt quelques photos, mais ne peux partager les images que j'ai gardé en tête, qui disent
bien plus que les mots.
Ce dernier paragraphe pour expliquer un inexplicable sourire qui m'a pris à l'aéroport international ainsi qu'une frénésie photographique : Camille l'aéroport de Buenos Aires t'es dédicacé en
entier, son symbol : une pomme croquée rouge sur fond noir.