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Samedi 17 mai 2008

Le jour du départ est arrivé. Précédé par une semaine de liberté, le temps m'a joué des tours. Tantôt rapide, tantôt trainant, je n'ai su apprivoisé cet étrange animal qui m'a regardé m'impatienter et le prier de s'arrêter tour à tour. Il m'aurait fallu plus de temps, mais je me suis aussi dit "je pars trop tard".

Finalement, bien que le rusé m'aie joué des tours, j'ai réussi mes aurevoirs. Un peu trop tôt Annemarie est partie promettant qu'elle reviendrait en Europe finir sa license un jour, puis Juan s'en est allé au Mexique après un superbe dernr pic-nic du mercredi midi, toute ma chambrea atterrie chez Santiago le jour de son départ pour la Californie (par la force de mes bras aujourd'hui douloureux), j'ai revu Casey, Cara sous un beau soleil, puis répétition générale de mon grand départ j'ai accompagnée la chère Marie (avec qui j'ai passé toute la semaine) à l'aéroport. Majid et Harui viennent avec moi aujourd'hui.


En espérant garder des liens avec ces quelques personnes qui vivent plus ou moins éparpillées et plus ou moins en permanence de ce côté de l'Atlantique.

La ville, ses oiseaux et ses couleurs se sont réunis pour dire au revoir.


                                                                     Midi, De ma chambre vide, sur mon matelas nu, et pour la dernière fois : Toronto, Canada

Par Chris
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Lundi 5 mai 2008

-...Un rond?...

                     - ...c'est une larme!
-Oui...Poète on se prend à son jeu, c'est le charme!
Tu comprends...ce billet...c'était très émouvant :
Je me suis fait pleurer moi même en l'écrivant"


Poète seulement? Un jeu? Tout ça? Hélas non, je ne crois pas. Autant que Cyrano fait semblant que ce n'est que le jeu, l'émouvant de la beauté, le romantisme de la situation qui le fait pleurer, on pourrait imaginer que tout n'est qu'un jeu, un drame en divers actes.

On ouvre sur de déchirants aurevoirs. Element perturbateur d'une situation initiale parfaite.

Puis vient le noeud tragique, asymétrie de sentiments, les larmes amères puisque solitaires.

La mise en scène veut qu'on feigne un sourire. Dans le théatre de la vie ça s'appelle oublier, ou effacer. Si l'acteur dupe, l'individu un peu moins. Et l'on passe de la tragédie au drame, des moments plus heureux brillent sous un ciel plus clément. Les noeuds tragiques s'éloignent, et la trame est une nouvelle scène, dans un nouveau décor. L'acteur s'y installe, le personnage réapprend à y sourire. On y croirait...Au théâtre et dans la vie.

Sauf que le décor change à nouveau. La tragédie tire à sa fin, les noeuds se referment et se serrent. Plus nombreux, il sont indémmêlables, il faut partir, déconstruire à nouveau, quitter l'acte IV, laissant Christian mort est Cyrano condamné au secret. Et on ne sait pas quels autres tragédies se filent en arrière plan. Cyrano mourra d'une planche lachée par un laquais par exemple;

On revient au décor de l'acte I, le Paris qu'on avait laissé pour un siège aux frontières d'un territoire inconnu. Mais du carosse qui s'achemine lentement vers le ventre de la vieille ville, il répugne de quitter le soleil qui brillait sur ces autres cieux. Parce que "my mind is far from easy. For in the once familiar streets I feel a chill of ghostly shadows everywhere." Les fantômes sont toujours là...Loin du siège et des combats intérieurs, les rivages sont joyeux, mais hantés. Ces fantômes peuvent ils encore blesser? Et les attelles qu'on aura trouver ici, faudra-t-il aussi feindre de les oublier? Les quitter en tout cas, et les pleurer aussi.

Hors des contes et récit didactiques, l'élément perturbateur n'est jamais corrigé, on ne revient pas vers le connu mais vers le familier. Et l'on sème sur la route des dizaines de perturbations, qui font que lorsqu'on approche au plus près de la résolution, on ne fait que s'enfoncer un peu plus dans le drame.  N'est ce pas le jour où l'on ne noue plus de noeud que l'on arrive enfin chez soi, à bon port? En attendant, certains demeurent dans un éternel flottement, mais avec le courage du refus du statu quo...L'aurais je? Comme au début, c'est un choix que l'on semble faire pour moi. Alors je ne me demande pas ce que je ferais si je devais vraiment choisir hors de tout.

Et ce n'est pas un décor carton pâte, ni un drame écrit d'alpha à omega, ni un sacrifice de prétendre être juste poète pour le bonheur de celle qu'on aime. C'est des lieux qu'on a appris à aimer, des choix aux conséquences imprévisibles, et de vrais sentiments qu'une autre belle lettre pour une parfaite inconnue n'inspirera jamais.


                                                                        22h30, en révisions supposées, effrayée, pensant à tout sauf aux épreuves qui arrivent si vite

Par Chris
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Lundi 28 avril 2008

"now fellows look at this young lady in front of you. She is your queen. What do you do fellows when you meet a queen?

-We bow

-Then you gonna bow to this young lady. and what is the lady gonna offer youb in answer?

-A twist!"

Wake up call de chaque matin ce weekend.

4 swing-outs to match the phrase.

swing out swing out lindie circle double turn.

One two : twist et twist. three four : triple step. Five six : let her go. Seven eight : back to the twists.

Kick bowl change, walk, up, kick again, turn around and...Ha tchou poum poum pidam pam pam!

 

Vousl'aurez compris j'ai encore usé mes chaussures ce weekend. Pour un workshop intensif avec Frankie Manning la grande vedette du Lindie Hop, son heure de gloire c'est le 40's (cf : http://www.youtube.com/watch?v=mTg5V2oA_hY ). On pourrait rire : il a 94ans, et marche avec une canne alors on voit mal comment il peut donner des cours de swing. Et pourtant...La canne de coté, lead de fer et  groovy moves, il nous a fait rire, progresser, et danser danser danser!


                                                                       Minuit dimanche soir, mal aux pieds mais toujours envie de danser

Par Chris
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Mardi 15 avril 2008

j'annonce que je n'ai ni oublié ni abandonné ce blog...j'ai juste manqué de temps et d'inspiration pour y écrire quoique ce soit. Pourtant des bribes de messages me passent souvent par la tête, par les doigts, par le stylo...mais non...rien n'arrive jusqu'ici down the wire.

mais hier j'ai vécu une expérience iranienne
il y a peu j'ai dit au revoir à Stéphane
avant ça je lui ai dit bonjour et j'ai dégusté la vi(ll)e avec lui

Je commence (et dois terminer) mon paper goethéen. Les cours sont finis, les exams encore loin. La parenthèse dans le sens du retour ne s'ouvre qu'un mois avant (à l'allée elle avait duré six longs mois perdant la possibilité d'être ignorée dans le motif de la phrase, ma vie).

Je pars à New York jeudi.

Il faut commencer à dire au revoir.

Et réciter des comptines pour raconter la vie, afin d'éviter que la réalité qui s'inscinue par le sens des mots fasse mal.

Voilà le changement...il arrive lentement dans un vacarme grandissant comme un quadruple de double croches qui ne tardera plus à se transformer crescendo en trille angoissante jusqu'au paroxisme de l'unisson, qui ira mourrir dans le calme picard en cadence parfaite. 


                                                                                                1h du matin, de ma chambre désordonnée qui pourtant d'ici peu sera vidée.

Par Chris
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Jeudi 20 mars 2008

C'est le bruit du toaster nouvellement apparu dans la cuisine. Un des premiers sons du matin, porteur de milliers de références : le crocodile de Peter Pan, l'effet cinématographique d'HP et le prisonnier d'Azkaban, le temps qui passe inlassablement, la pendule de grand mère chère aux Québequois,...Un tic-tac de compte-à-rebours

J-3 : dernier cours de tango

J-5 : paper sur Darwin vs Lamarck

J-9 : swing performance

J-10 : paper sur Rousseau

J-15 : paper sur Goethe

J-11 : arrivée de Stéphane

J-20 : fin des cours

J-55 : décollage

J-57 : anniversaire de Paul

J-70 : début du stage

 Je n'ai pas encore écrit un mot de mon paper sur Darwin, je ne connais pas ma chorégraphie de swing, j'ai les idées floues sur le plan de mon paper sur Rousseau, j'ai hate de finir les deux autres pour plonger dans celui sur Goethe (pourquoi je ne fais pas de la littérature? la question m'a été posée à nouveau. Pourquoi Juan ne fait pas du cinéma?question de choix), je n'ai aps encore les tickets pour stéphane et moi, on est en retard dans tous les cours, j'ai pas vérifié le jour de départ (16 ou 17?), j'ai pas d'idée de cadeau pour Paul, et j'ai pas encore lu le mémoire sur la compensation carbone.

J'ai peut etre des raisons de paniquer...mais non, parce que je sais que je ferai tout ça, en temps et en heures. Mon secret : tout est dans ma tête, et fait surface régulièrement. Car vu sous un autre angle ça donne cela : je connais les points de rencontre et grandes différences entre Lamarck et Darwin et ai une idée de problématique, j'ai tous les mouvements de swing et 4h de répét' pour les remettre dans l'ordre, j'ai l'esprit qui déborde sur Rousseau, j'ai lu des centaines de pages sur Goethe et ne demande qu'à me laisser aller à l'écriture, les tickets ne partent pas vite, j'ai trois semaines pour combler les vides laissés par le retard des profs, je ne suis pas angoissée par le départ, je fais confiance à mes intuitions cadeaux pour arriver  temps, et j'étoffe ma feuille de route de stage en commençant par l'aspect canadien de la recherche laissant les lectures disponibles des deux cotés de l'Atlantique pour un peu plus tard.

Pour une fois que je crois en moi, il ne faudrait pas que les autres commencent à douter!

I keep making to-do lists and keep them till everything is crossed out even though sometimes I have to crawl to get anywhere at all.

 

"Un magicien n'est jamais en retard Monsieur Frodon, ni en avance, il arrive toujours à point nommé".

 

                                                        17h30, sur ce sage mot de Gandalf je quitte ma chambre pour ne pas être en retard au swing.

Par Chris
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Mardi 18 mars 2008
Je suis dépendante. Non pas la cigarette, ni l'alcool... 

"Christelle, j'ai vingt ans et je suis dance-oolic et je souffre d'une addiction à certaines chansons de Madeleine Peyroux. J'ai recommencé à danser il y a deux mois. J'ai pris l'initiative de rejoindre ce groupe, parce que mon addiction n'est plus compatible avec ma vie académique. Avec votre aide et beaucoup d'efforts, je veux réussir à écrire mes papers sur les théories de l'évolution, rousseau et la privatisation de la nature, et enfin la généalogie du Faust de Goethe. MErci de votre écoute"

                                     11h40, Madeleine chante toujours dans la salle de lecture de la bibli de St Mike's College.

PS: Je ne suis pas folle vous savez ^^
Par Chris
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Samedi 15 mars 2008

 

Un grand soleil brille sur la neige laissée par la dernière tempête du weekend dernier. Cette semaine ça commence à sentir le printemps, comme ces jours où l'on abandonne pour la première fois son manteau à la maison, troqué pour une petite veste. Tout pareil, à ceci pres qu'il fait -5 à 2°C. Le soleil chauffe quand même et malgré le "froid" on se prend à sortir en T-shirt et à avoir envie de manger sur les terrasses! (oui un an au Canada fait revoir ses standards : -1° la veste remplace le manteau, 5° jupe, 3° Terrasse et envie de picnic, d'ici à ce qu'il fasse 10° on aura fait une garden party)
Ainsi s'en va l'hiver et arrive le printemps...semblerait-il moment idyllique. Sauf que la fonte des neiges et le réchauffement de l'air amène la grisaille, et paradoxalement la lumière vient à manquer. Après ces jours et ces semaines de soleil reflété par la neige toujours renouvelée, immaculée, la grisaille qui émane du sol comme du ciel provoque d'étranges réactions. 
Hier ce fut comme une tempête (Sturm!) : magnifique matinée, assombrie alors qu'après 2h de conversation téléphonique avec célia nous avons été coupées brusquement...effet grisaille, confusion, petite phrase qui tourne en tête "on est paumé à 20ans"...en effet peut être. Elan (Drang!): expressivité redoublée, visites spontanées presque absurde, des heures de Goethe...Noirceur : déception, fatigue, agacement...20h enfin une pause, répi, diner calme. Tumulte: danse (ceilidh en l'honneur de la soon to come St Patrick puis salsa colombienne), marche, soirée...PErdue à nouveau: la clochette sonne sur la même note "on est paumé à 20ans". Tant de visages, de danse, d'agitation, de rires, de mots, d'images...Alors que certains se laissent aller à une salsa de haut vol, je me recroqueville sur le canapé qq temps en proie à dix mille pensées et émotions contradictoires, autant de harpies pour ma tête fatiguée. Puis retour à l'agréable affairement: encore de la danse, de délicieux moments de blues, tout se calme, on s'y oublie. Complicité, amitié, sourires, les yeux et les gestes parlent. Moments privilégiés avec mon amie, la danse parle d'elle même, je conduis en douceur, douce voix de MAdeleine Peyroux (Between the bars, I look around,...). On en oublie ce coeur qui a tendance à se déchainer. La journée tumultueuse s'éloigne, les heures tardives de la nuit passe...à danser. Danse à huis-clos alors que les autres boivent et parlent fort à côté. Tout fardeau s'en va : la contrainte d'être dirigée par un autre, l'ambiguité liée à l'attitude vis à vis du garçon lorsqu'on danse le blues, la recherche du tempo et de la synchronisation...le message passe entre Anne et moi sans problème. Et puis nos cavaliers qui nous regardent avec un demi sourire, mi jaloux mi admiratifs que ça ne passe pas aussi bien avec eux. Ah ces filles! 
Je passe plus de temps à danser qu'en cours, c'est un second semestre déconstruit spécialisation lindie hop, blues, jazz, charleston, tango, avec passage de ceilidh, salsa...

 

                                                                       14h15, samedi début d'après midi journée plus calme, émotions apaisées

Par Chris
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Jeudi 6 mars 2008

Après avoir dit bonjour, cest la question qui se pose automatiquement à Toronto. Pas parce que je suis moi même étrangère, plutôt parce que personne n'est d'ici. 
Ceci n'est pas un article sur ces plaisants groupes d'étudiants internationaux qui rodent en bande dans les grandes universités du monde entier (et même les petites). C'est l'histoire de la rencontre avec ces nationalités inhabituelles, ou ces personnages qui portent leur pays dans leurs traits comme une poésie écrite sur un visage. 
PArce que à 24 ou 27ans, étudiants, le départ du pays est très récent. C'est là qu'ils ont grandi, étudié, décroché cette clé pour en sortir. 

Avec les événements récents en Colombie, Santiago avait un air très soucieux. Chacun s'est mis à demander au Colombien ce qu'il en pensait. La peur que ça explose, que ça dégringole, que ça sombre...De son bureau d'astronomie devant la fenêtre oùla neige n'arrête pas de tomber, la Colombie lui manque, mais les financements de la NASA et les bourses d'étude sont ici. 

Autre pays autre histoire...Vous avez vu Persepolis? LE film vient de sortir ici, je dois emmener Majid. c'est ma seule connaissance de l'Iran. Et lui? il a 24ans et il est arrivé il y a un an et demi. D'une famille qui ne lui a pas imposé la religion, il mange du porc et il danse. Mais à quoi ressemblait vraiment la vie là bas? Il paraitrait que les femmes iraniennes derrière les voiles ont un regard qui en dit bien plus que tout décolleté. Il semblerait qu'adolescent là bas, à transgresser de vraies règles on a ce même sentiment de rebellion que lorsqu'on dépasse le couvre feu d'une heure. 
Ca semble très normal raconté comme ça. Au fond on se dit qu'on en fait tout un plat, qu'il y a une part de roman...puis on se rend compte que là bas il y a qqch pour lui de détestable, qui laisse des traces. Un poids permanent, une cicatrice...Il a très froid au Canada, mais il n'y retournera pas...sauf si sa maman le lui demande. Et pourtant dans nos conversations, le moyen orient est un paradis sur terre ; dans nos diners il y a un peu de cette tradition de l'accueil ; et dans sa bouche des mots qui chantent comme de l'arabe. 


                                                                                                     15h30, par mes rencontres je parcours le monde

Par Chris
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Jeudi 28 février 2008

...en petits textes "épars et privés d'architecture", constituant un mélange sans unité ni genre s'attachant à peindre les points d'intensité, ou d'attraction qui ont inspiré des phrases, pourtant sur le moment méprisées et non posées sur aucun papier. Le seul ordre qu'on y trouvera parfois est une chronologie, non exhaustive cependant. 

Cuando llegaba

Douceur. De la langue, du climat. Arrivée en plein été, tout juste atterrie de mon hiver glacial. Ce qui me frappe : l'odeur, le bruit. Je ne suis pas en Inde dont la première expérience sensible frappe l'européen au point de parfois le laisser hébété. Je suis en Argentine. Mais je viens d'un pays où lorsqu'on sort, on ne sent rien : que le froid. Ce n'est plus une expérience sensible, seulement un monopole de perception, un tyran sur la peau, les yeux, les lèvres qui ne laisse de place qu'à l'abscence qu'on ne perçoit pas...Jusqu'à arriver en Argentine. Odeurs, sons, autant de stimuli qui rappelle d'où je viens. Première impression d'être dans un nouveau Beyrouth : c'est le même soleil qu'on attend pas en arrivant au Liban en mars, c'est la même foule bronzée qui attend les voyageurs au sortir des douanes, ... 
Je suis partie, je suis partie loin, et je suis tout juste arrivée, déjà dépaysée. 


El cementerio de la Recoleta

Il y a à l'entrée ces carreaux de céramique qui s'entrechoquent de n'être plus fixés...Un bruit qui résonne sur le marbre environnant et dans mes oreilles durant toute la promenade. On regrette que les conversations des touristes cherchant la tombe d'Eva Peron remplissent les allées principales, alors on en sort.
Et là ces notes à chocs de céramique reviennent. C'est un endroit où l'on voudrait que le temps se fut arrêté, aussi immuable que ces hauts mausolées de pierre qui tracent des rues étroites dans ce qui pourrait être un petit village. 
La perspective crée des effets d'optique : ici une grande statue noire vous invite dans le chemin, on y croise un chat de la couleur qui porte malheur. Là bas, la quête d'ombre fait longer les monuments un peu plus haut : devant la porte imposante d'un tombeau dort le gardien des lieux, chat trop maigre qui se prélasse sur la pierre encore chaude du passage de l'astre brulant à midi. Et toujours cette musique de la céramique. 
Le temps...ne s'écoule plus...les regards des statues ne se détournent jamais et l'on resterait une éternité à y chercher un reflet de la vie qui fut un jour sur ce visage. Dans la chaleur brûlante de la fin de l'été, les fleurs sont toutes séchées comme si elles avaient été là depuis des mois. Lorsqu'on arrête de compter le temps de marche en zigzag, alors on oublie les touristes et ne les entend plus. Juste ces notes claires qui résonnent aux oreilles dans des allées qui se referment au loin. Un va et vient de chats aussi hasardeux que mon itinéraire. 
Et à un tournant...je retrouve le temps : des herbes folles qui poussent entre des pierres qui s'effritent. On distingue la beauté et la couleur passées mais l'évolution est notable : de pierre vers poussière, d'entretenu vers oublié, de lisse vers hérissé d'herbe folle...Le temps passe même dans les cimetières de marbre, le soleil a tourné. Il est temps de partir, accompagnée de la même note des carreaux de l'entrée qu'on a refait sonner en sortant. 


Tigre

Un train qui se remplit pour l'échappée du weekend de toute la Capital Federal. Le départ fut tardif, car ainsi fut le réveil, le rythme argentin étant noctivore. Au hasard des rencontres et de l'errance, nous nous sommes trouvés dans des lieux vides, terrasse au bord de l'eau qui clapote, puis petits chemins de terre entre les maisons dont nous parviennent la musique et les conversations. Du calme, retrouvailles entre soeurs, samedi journée paresseuse qui s'étire jusqu'à la fuite tardive du soleil vers l'ouest. 


Tout un monde

L'ambassade, l'ambassadeur, sa résidence : l'expérience du dimanche. Ca a commencé dès le premier jour : je suis arrivée avec mon sac à dos à la porte de l'ambassade de France pour récupérer la clé de l'appartement de fonction de Nathalie. Je me sentais un peu déplacée.

Tous les jours j'ai sonné à la grande grille pour la récupérer à la sortie de son bureau. J'ai pu pénétrer dans un monde plutot fermé.J'ai capté des bribes de messages en circulation interne. Sensation étrange d'êtrelà sans statut, plus profonde encore le jour où l'ambassadeur a reçu les stagiaires dans sa résidence pour un déjeuner au bord de la piscine.J'aurais pu faire mon année dans une ambassade...mais non...c'est pas pour moi. Ce fut un dimanche luxueux dans une des petites villes bordant la capitale, au frais, avec déjeuner informel servi sur de grandes tables rondes couvertes de nappes blanches.

Tango 

Quelques leçons, quelques aperçus...pour confirmer la beauté de cette danse aux origines. J'ai amené ma curiosité et ma minuscule expérience en Argentine. 
Il y a ces danseurs de tango que l'on croise au gré des déambulations dans la rue. Toute une mise en scène, un théatre, un art. PArfois ils en font un peu trop, le tango perd alors de sa dimension passionnelle au profit de l'aspect plastique. 
Puis il y a les milongas. Lieux où se danse le tango de jour ou de nuit. Celle que nous avions élu est plutot originale : plutot squat artistique que milonga pure. Mais le tango y est magnifiquement dansé, à passer des heures entière à les regarder.
Nous avons dansé aussi...armée de mes qq leçons je pouvais m'en sortir, et bien menée j'ai complété mon expérience de cette danse de son esprit essentiel.D'abord un grand défi pour le manque de confiance en  soi, parce qu'on ne peut refuser de soutenir le regard surtout lorsque l'ordre est grondé en espagnol et accompagné d'une poigne de fer. Bien mené, on n'a d'autre choix que de faire ce qui est dicté avec tant d'autorité,  mais sans mot. Ca en devient surnaturel. Et la colère qui se manifeste lorsque la femme ne résiste pas a l'assaut donné par la tension des corps si proches. Mais une fois l'équilibre trouvé, l'harmonie semble parfaite, et les couples volent, les jambes créent leur propre langage, la danse devenant une allégorie de la séduction.


Les Argentins 

Non pas que j'ai eu le temps de vérifier s'ils joignent la beauté du geste à celle du trait. Simplement j'ai un faible pour ces hommes dont la barbe naissante, jamais achevée, frôle la joue de l'amante sans la blesser. Ils ont ce défaut, noble qualité, de porter avec élégance et fierté, un mileu de visage au grand caractère. Et ces nez uniques sont à chaque fois surmontés d'yeux profonds bleus, noirs, verts envoutants s'il en est.


Le Paris du Sud

Les terrasses bien qu'ensoleillées sont terriblement bruyantes, et les tables vibrent du ronronnement incessant des milliers de voitures. Ca a des accents de Beyrouth dans Paris. 
J'ai découvert cette ville seule en y déambulant, de quartier en quartier. Rien de la frénésie touristique, juste des lieux au hasard, ce tournant, cette impasse, ce pont sur l'autoroute, cette petite cour intérieure. Imprégnée de la ville comme si j'en faisais partie, tous les jours une direction différente, des détours et erreurs de parcours. De l'avenue bordée de tours, directement vers les petites maisons colorées de la Boca ; du centre aux enseignes européennes, aux grandes places vertes ombrées d'arbres aux airs de baobabs. Je changeais de monde au gré des pas. Parfois mes yeux était à Paris, et mes oreilles au Liban. Parfois les parfums d'italie venaient masquer la pollution des vieux bus. 
Partout des voix, de la vie, des visages,...Un caractère...


L'aéroport dans le sens du départ (paragraphe destiné à la Pomme)

Il y aurait encore beaucoup à raconter. J'achève ici le récit des détails qui m'ont marqué. J'ajouterai tantôt quelques photos, mais ne peux partager les images que j'ai gardé en tête, qui disent bien plus que les mots.
Ce dernier paragraphe pour expliquer un inexplicable sourire qui m'a pris à l'aéroport international ainsi qu'une frénésie photographique : Camille l'aéroport de Buenos Aires t'es dédicacé en entier, son symbol : une pomme croquée rouge sur fond noir.

Par Chris
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Mercredi 13 février 2008
Je fais entendre ma plume pour expliquer pourquoi on ne l'entendra plus. 

Dans un petit quart d'heure je m'en vais. Voy a Argentina!!! Accompagnée de cette magnifique scène de Lorca qui me tourne en tête. "No necesito alas para volar porque vuelo sin ellas. Nubes y anillos en mi sangre. Vive en la puente de todos rios... Najanjas en la nieve..." Un petit gout de là bas, où il fait chaud et beau et où la fantaisie reigne. Je quitte la glace et le froid pour un temps, ce blog aussi. "rosa y azufre en mi labios"

Portez vous au mieux, je reviendrai avec, j'espère des histoires plein l'encrier, des images plein la tête,  de la musique plein les oreilles, du soleil dans mes mots.


                                                                   14h45, ici mais déjà ailleurs, avec mon sac à dos et mon sourire
Par Chris
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